Prévenir efficacement la crise de colique néphrétique au quotidien

La majeure partie des coliques néphrétiques survient chez les hommes âgés de 40 à 60 ans. Comment faire face à la crise et éviter son retour.

Une douleur fulgurante, qui saisit le bas du dos sur un côté puis irradie, sans relâche. Quand elle surgit, tout s’arrête, le corps se fige, la panique s’installe. Voilà le tableau sans fard de la colique néphrétique. Ce supplice résulte d’une évacuation défaillante des sels minéraux, qui, plutôt que de rester dissous dans l’urine, se cristallisent en calculs, véritables petits cailloux, et viennent boucher les voies urinaires supérieures. Ces pierres s’installent entre le rein et la vessie, déclenchant des contractions intenses et douloureuses, dans une tentative désespérée de les expulser.

La douleur, tranchante, brûlante, parfois ressentie comme une déchirure ou un étau, se propage volontiers vers les organes génitaux. Impossible de trouver une position qui soulage, chaque mouvement devient une épreuve. Viennent s’ajouter d’autres signes qui orientent le diagnostic : envies pressantes d’uriner, surtout si la pierre est proche de la vessie, nausées, vomissements et, paradoxalement, constipation due à un réflexe du corps.

Un facteur de risque : la chaleur…

Face à une crise, l’hospitalisation immédiate n’est justifiée que dans certaines situations bien précises, que voici :

  • La douleur s’accompagne de fièvre, ce qui peut révéler une infection urinaire bloquée, susceptible de dégénérer en septicémie.
  • La personne ne possède qu’un seul rein, car le moindre incident peut entraîner une défaillance aiguë.
  • La douleur reste insupportable malgré la prise de médicaments habituels.
  • Le diagnostic n’est pas clair pour le médecin, car d’autres pathologies abdominales peuvent provoquer des douleurs similaires, comme la sigmoïdite ou l’appendicite.

La lithiase urinaire touche près de deux personnes sur dix en France, principalement entre 30 et 50 ans. Des antécédents familiaux existent dans 3 à 10% des cas. Fait marquant : des populations d’Afrique ou d’Asie sans calculs rénaux développent la maladie à l’adoption d’un régime occidental. En Europe, les crises se multiplient dès que la température grimpe.

Le coupable désigné ? Le manque d’hydratation, qui explique la fréquence des coliques néphrétiques chez les professionnels exposés à la chaleur, marins, cuisiniers, ouvriers de fonderie, et sujets à la déshydratation rapide.

La cause précise de la formation des calculs reste mystérieuse dans la moitié des cas, mais les études pointent d’abord une alimentation déséquilibrée. Un excès de calcium (au-delà de 2 grammes par jour), trop d’oxalate de calcium (lorsqu’on boit plus d’un litre de thé, de jus de fruits industriels ou de café chaque jour, ou qu’on consomme trop de chocolat), un apport massif de protéines animales, ou un abus de vitamine D favorisent la cristallisation. Certaines anomalies anatomiques empêchent l’évacuation complète de l’urine du rein ou de la vessie, entraînant une stagnation propice à l’infection et à la formation de calculs. Les infections urinaires accompagnent d’ailleurs souvent les crises. Parfois, la lithiase révèle une maladie qui augmente la production de calcium ou d’acide urique (hyperparathyroïdie, cystinurie, xanthinurie, hyperoxalurie, hyperuricémie).

Certains médicaments peu solubles, comme les sulfamides, certains antalgiques ou diurétiques, peuvent aussi être impliqués dans l’apparition de ces cristaux.

Différents types de calculs

Dans la grande majorité des cas (environ 80%), il s’agit de calculs d’oxalate de calcium, de petite taille, opaques à la radiographie, et dont la forme évoque parfois un oursin minuscule. On rencontre aussi des calculs de phosphate de calcium et de phosphate ammoniaco-magnésien, surtout chez les femmes.

Les calculs d’acide urique sont plus rares ; l’excès d’acide urique dans le sang, qui provoque surtout des crises de goutte, touche principalement les hommes et s’explique souvent par des excès alimentaires. Il existe aussi des cas où la colique néphrétique n’est pas liée à une lithiase : des caillots sanguins ou une nécrose papillaire (destruction de cellules du tissu rénal, fréquent chez les personnes atteintes de drépanocytose) peuvent également boucher les voies urinaires.

Plus rarement, une intervention chirurgicale pelvienne peut provoquer une crise si, lors de la reconstruction, un canal se retrouve accidentellement écrasé. Les causes sont donc variées et parfois multiples, ce qui augmente le risque de cristallisation.

Dans un nombre conséquent de cas, aucune origine précise n’est identifiée. Le calcul apparaît, parfois à répétition, sans que la médecine ne parvienne à en percer le secret.

Surtout ne buvez pas pendant la crise !

Tant que la douleur persiste, s’hydrater risque d’augmenter la pression dans les voies urinaires et d’aggraver la souffrance. On attend donc que la douleur décroisse avant d’envisager une reprise de la boisson.

La prise en charge initiale repose sur un anti-inflammatoire (hors aspirine, qui peut favoriser les saignements), complété d’un antispasmodique et, si besoin, d’un antalgique.

Une fois l’accalmie obtenue, le médecin prévoit une analyse d’urine et un bilan de la fonction rénale par dosage de la créatinine plasmatique. Une radiographie abdominale, parfois infructueuse, permet de rechercher la lithiase ; l’échographie s’avère utile pour visualiser certaines pierres et détecter une éventuelle dilatation des voies urinaires.

L’urographie intraveineuse, réservée aux personnes non allergiques à l’iode, aide à repérer des calculs invisibles à la radio et à vérifier le bon fonctionnement des reins.

Dès que la douleur cède, il faut boire pour aider le calcul à s’évacuer. Dans la majorité des cas, la pierre est éliminée au cours de la crise.

Lorsque ce n’est pas le cas, la lithotritie extracorporelle par ondes de choc (LEOC) est souvent proposée. Cette méthode, inspirée de l’effet des ondes de choc sur les surfaces, fragmente le calcul pour faciliter son élimination naturelle, là où, autrefois, une chirurgie était nécessaire.

Si le calcul s’est logé dans l’uretère, il peut être retiré par urétroscopie ou endoscopie. Les calculs d’acide urique, eux, peuvent fondre sous l’effet d’un régime alcalinisant : suppression des vins riches, charcuteries, abats et crustacés, au profit d’une hydratation adaptée, par exemple avec de l’eau de Vichy.

Adopter les bons gestes au quotidien

Peu importe la cause, une règle prévaut : boire entre 2 et 3 litres chaque jour, même la nuit si besoin. C’est la mesure la plus efficace pour éviter la récidive et évacuer les résidus de calculs.

L’objectif n’est pas tant le volume bu que la quantité d’urine produite : parvenir à uriner 2 litres en 24 heures. Il faut garder à l’esprit qu’une partie de l’eau absorbée s’élimine par la transpiration ou les selles, mais les reins doivent toujours assurer l’excrétion des sels minéraux.

L’alimentation doit rester équilibrée. L’excès de lait ou de produits laitiers apporte trop de calcium, mais une élimination totale expose au déficit d’oxalate de calcium, dont le corps a besoin en petite quantité.

Les excès de chocolat, thé, café sont à bannir. L’eau du robinet convient parfaitement, sauf indication médicale de choisir une eau minérale spécifique.

La technique rapide

La lithotritie est une méthode non invasive qui fragmente les calculs. Le patient s’installe dans un lithotripteur, parfois immergé, parfois allongé sur un coussin spécial.

Une échographie ou une radiographie localise la pierre, l’ordinateur calcule l’angle optimal, puis le praticien choisit le nombre et la puissance des impacts (entre 1 500 et 3 000). L’intervention dure en général moins d’une heure, nécessite une anesthésie légère et peut souvent être réalisée en ambulatoire.

La douleur, un signal à décoder

L’intensité de la douleur ne reflète pas toujours la gravité de la situation. Tout dépend de la rapidité de formation du calcul et du niveau d’obstruction. Un calcul qui se forme lentement peut détruire le rein en silence, sans provoquer le moindre signal d’alarme.

La localisation de la douleur ne correspond pas forcément à la position exacte du calcul, ce qui complexifie parfois le diagnostic.

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La colique néphrétique n’attend pas : chaque crise raconte une histoire, chaque calcul impose de repenser ses habitudes. Le bon réflexe, c’est de ne jamais ignorer le signal, car la santé rénale ne tolère ni l’approximation, ni l’attentisme.